Frelon asiatique : ce qu’il faut savoir

Vous êtes nombreux à me poser des questions sur le frelon asiatique et l’impact qu’il représente pour mes abeilles. Alors aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter concrètement ce que j’ai mis en place au printemps 2024 à Mondragon, et surtout vous expliquer pourquoi cette lutte mérite d’être menée… mais intelligemment. Parce que oui, le frelon asiatique est un problème. Mais non, on ne règle pas un déséquilibre écologique en en créant un autre.

Pourquoi je me suis engagée dans le piégeage du frelon asiatique ?

Le frelon asiatique (Vespa velutina) est arrivé en France en 2004. En Europe, il n’a quasiment pas de prédateurs. Résultat : il prolifère. Et ses premières victimes ? Nos insectes locaux. Et particulièrement les abeilles, qui représentent près de 40 % de son alimentation.

En tant qu’apicultrice, je vois concrètement les dégâts :

  • des colonies affaiblies,
  • un stress permanent devant les ruches,
  • parfois des pertes.

Alors quand on m’a proposé de participer activement à une campagne de lutte locale, j’ai dit oui.


Mon rôle à Mondragon : agir localement

Depuis 2023, je suis bénévole auprès de la commission environnement de la mairie de Mondragon. Je m’occupe des ruches communales et je participe à différents projets autour de la biodiversité. 

En 2024, la commune a accepté de rejoindre la campagne départementale de lutte contre le frelon asiatique, portée par le GDSA 84 et le Syndicat des Apiculteurs du Vaucluse, dont je suis membre. 20 pièges sélectifs ont été financés par la mairie. Je me suis chargée de :

• les installer sur toute la commune (de l’Île Vieille à Derboux),

• assurer le maillage du territoire (environ 500 mètres entre chaque piège),

• contrôler et réapprovisionner les pièges tous les 10 jours pendant deux mois.

Un vrai travail de terrain.

Photo : Julie Vandal Photographe.


Pourquoi on piège au printemps (et pas toute l’année) ?

Le piégeage du frelon asiatique est stratégique. On intervient entre février et avril, lorsque les reines fondatrices sortent d’hibernation. Capturer une fondatrice, c’est empêcher la création d’un nid secondaire qui pourrait atteindre jusqu’à 13 000 individus en été. À Mondragon, nous avons capturé 15 fondatrices.

Cela représente potentiellement :

  • une douzaine de nids évités,
  • des centaines de milliers d’insectes préservés,
  • environ 135 kg d’insectes locaux épargnés (selon des données scientifiques).

Mais attention :

À partir d’avril, le frelon européen — notre espèce locale — entre en activité.


Le piège sélectif : une lutte responsable


Je n’utilise que des pièges sélectifs. Il en existe plusieurs de différentes marques disponibles à la vente. Je conseille de tester pour voir ce qui marche le mieux chez vous. 


Comment fonctionne le piège ?

  • Un cône permet au frelon asiatique d’entrer.
  • Les petits insectes peuvent ressortir.
  • Les gros insectes (papillons…) ne peuvent pas entrer.


Quel appât utiliser ?

Un mélange simple :

  • 1/3 vin blanc
  • 1/3 bière ambrée
  • 1/3 sirop de cassis

Simple. Efficace. Ciblé. Parce que je refuse de participer à un piégeage massif qui détruirait aussi les insectes utiles. Il existe aussi des appâts à frelons et je vous invite à étudier avec attention la composition de ceux-ci avant de les acheter. 

Piège sélectif disposant d’un cône permettant au frelon de rentrer, mais pas de ressortir contrairement aux autres insectes de petite taille grâce aux brindilles qu’on y place comme sur la photo. Il empêche aussi les gros insectes comme les papillons, d‘y entrer. / Première fondatrice (en orange) capturée le 29 mars à Mondragon. 

Que faire si vous découvrez un nid de frelon asiatique ?


Le frelon asiatique n’est pas uniquement l’affaire des apiculteurs. C’est un sujet collectif.


1. Ne pas s’approcher

Ne vous approchez jamais à moins de 5 mètres. Un frelon asiatique peut poursuivre sur 50 à 100 mètres s’il se sent menacé.

2. Ne jamais tenter de détruire le nid seul

La destruction nécessite du matériel professionnel et une protection adaptée. C’est dangereux.

3. Contacter la mairie

  • Terrain communal → la commune intervient.
  • Terrain privé → le propriétaire doit faire appel à une entreprise spécialisée.


Combien coûte la destruction d’un nid de frelon asiatique ?

Le tarif dépend de l’accessibilité :

  • Moins de 5 m : environ 70 à 95 €
  • Moins de 10 m : 95 à 125 €
  • Plus de 10 m : 125 à 150 €
  • Accès très difficile : jusqu’à 200 €

Certaines mairies, communautés de communes ou assurances habitation peuvent prendre en charge tout ou une partie des frais. Attention : bien souvent cela marche pour les particuliers, pour les entreprises, le nid est à votre charge.

Ne pas confondre frelon asiatique et frelon européen


C’est assez facile à retenir : pour le frelon asiatique : il est plus sombre, ses pattes sont jaunes. C’est une espèce invasive. Pour le frelon européen : il est plus grand, de couleurs plus claires Et c’est notre espèce locale utile. Tous les insectes ne sont pas des ennemis.


Mon message aujourd’hui


Oui, il faut lutter contre le frelon asiatique. Mais avec discernement. Avant d’agir, posez-vous ces questions :

S’agit-il bien d’un frelon asiatique ?

Si non, le nid représente-t-il un danger réel ?

La protection de la biodiversité demande du courage. Mais elle demande aussi de la nuance.

A bon entendeur. 

* Source : un nid de frelon asiatique consomme 11,32 kg en moyenne d’insectes endémiques, un manque à gagner pour la biodiversité - IEES Paris

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