En septembre 2025, j’ai eu la chance de retourner dans l’univers de Women for Bees, cette fois au Rwanda, à la rencontre de femmes apicultrices de la réserve de biosphère de Gishwati-Mukura. Un voyage placé sous le signe de l’échange, du partage d’expérience et de l’entrepreneuriat féminin. Quelques mois plus tard, en juin 2026, j’ai poursuivi cette aventure à travers une masterclass consacrée à l’apiculture entrepreneuriale : comment développer son activité, mieux valoriser les produits de la ruche et créer davantage de valeur à partir de son savoir-faire.
Pour moi, ces deux expériences racontent finalement la même histoire. Celle de la transmission. Et je crois aujourd’hui que c’est peut-être l’une des plus belles récoltes que l’on puisse faire.
De Women for Bees à Women for Biz : transmettre ce que j’ai reçu
En 2021, j’ai moi-même participé au programme Women for Bees, porté par l’UNESCO et Guerlain, qui accompagne des femmes apicultrices à travers le monde avec une ambition qui dépasse largement la seule pratique de l’apiculture : contribuer à leur autonomie économique tout en participant à la préservation de la biodiversité.
Depuis, ce programme continue de faire partie de mon parcours. Mais ce que j’ai compris au fil du temps, c’est qu’une transmission ne s’arrête pas lorsque l’on quitte une formation. Elle continue lorsque l’on partage une expérience, une astuce, une erreur, une méthode ou simplement une manière différente de regarder son activité. C’est exactement ce que j’ai vécu au Rwanda.
À près de 1 900 mètres d’altitude, j’ai rencontré une trentaine de femmes apicultrices et entrepreneuses. Nous avons échangé autour de l’élevage, de la gestion des colonies, de la commercialisation, de la transformation des produits de la ruche, mais aussi des enjeux sanitaires et environnementaux.
J’étais venue transmettre ce que mon propre parcours m’avait appris. Et pourtant, je suis repartie avec énormément de choses à apprendre. Car la transmission fonctionne rarement dans un seul sens.
Au Rwanda, j’ai appris que transmettre, c’est aussi écouter. Lors de mon intervention, j’avais choisi de ne pas y faire un cours théorique. J’ai préféré raconter mon entreprise. Parler de mes produits, de mes expériences, de mes choix et de la manière dont j’avais développé mon activité. Puis, surtout, partir des projets que ces femmes avaient elles-mêmes en tête pour réfléchir avec elles à la manière de les transformer en opportunités commerciales.
Et c’est ainsi que j’ai découvert, moi aussi, de nouvelles réalités de l’apiculture rwandaise, notamment la propolis noire, un produit dont je n’avais encore jamais entendu parler.
Cette expérience m’a confortée dans une conviction : pour aider une entrepreneuse à développer son activité, il ne suffit pas de lui donner des réponses. Il faut aussi partir de son histoire, de son territoire, de ses ressources et de ses idées. C’est cette approche que j’ai voulu prolonger lors de ma masterclass quelques mois plus tard.


Développer son activité apicole : de la production à la création de valeur
Le thème de cette masterclass était « Apiculture entrepreneuriale : développer et valoriser les produits et services apicoles ». L’objectif était simple : réfléchir à la manière dont une activité apicole peut aller au-delà de la seule production de miel. Car une ruche ne produit pas uniquement du miel. Elle produit aussi de la cire, de la propolis, du pollen, de la gelée royale… mais elle peut également être au cœur de services : visites au rucher, formations, animations, team building, pollinisation, interventions auprès des écoles ou accompagnement d’entreprises. La diversification peut ainsi devenir un véritable levier de développement pour une entreprise apicole.
Nous avons également parlé de transformation. Transformer une matière première, c’est parfois créer une nouvelle valeur économique : une cire peut devenir une bougie, un produit de la ruche peut entrer dans la composition d’un produit cosmétique. Le miel peut devenir l’ingrédient d’une boisson, d’une confiserie ou d’un produit alimentaire différent, etc.
Mais créer de la valeur ne consiste pas simplement à transformer un produit. Il faut aussi comprendre à qui l’on s’adresse, pourquoi cette personne achèterait ce produit et ce qui le rend différent. Nous avons donc abordé l’analyse de marché, le SWOT, l’avantage concurrentiel et l’importance du positionnement. Un vrai retour à mes cours de Tech de Co !


Raconter son histoire pour mieux valoriser son travail
Un autre sujet me tient particulièrement à cœur : le storytelling. Quand on est productrice, agricultrice ou apicultrice, on peut parfois avoir tendance à penser que seul le produit compte. Pourtant, derrière un pot de miel, il y a un territoire. Un savoir-faire. Des heures de travail. Des choix. Une histoire. Et parfois, un engagement.
Lors de la masterclass, nous avons donc parlé de l’importance de raconter cette histoire et de mettre en avant l’origine, la nature et la dimension humaine du produit. Le support rappelle notamment la valeur ajoutée que peut représenter l’identité « origine + nature + femmes » dans le cadre de Women for Bees. C’est une approche à laquelle je crois profondément. Mieux valoriser son produit, c’est aussi mieux faire comprendre tout ce qu’il représente.

L’entrepreneuriat féminin ne se construit pas toujours seule.
Mon voyage au Rwanda m’a également beaucoup marquée par la force du collectif. Les femmes que j’ai rencontrées y travaillent notamment au sein de coopératives et mutualisent certaines ressources. Elles sont à la fois mères, agricultrices en polyculture et poly-élevage et entrepreneuses, avec des responsabilités multiples à porter au quotidien.
Cette dimension collective était également présente dans ma masterclass. Partager une miellerie, du matériel ou des frais de transport. Rejoindre une association ou une coopérative. Créer un réseau de partenaires. Réfléchir ensemble à une répartition équitable des revenus. Entreprendre ne signifie pas forcément tout faire seule. Au contraire, dans certaines situations, la coopération peut devenir une véritable force de développement. Le support de la masterclass invitait d’ailleurs les participantes à réfléchir à la manière dont elles souhaitent vendre leurs produits et à la possibilité de partager les revenus avec d’autres, dans un cadre collectif.

Transmettre pour permettre à d’autres femmes d’aller plus loin
C’est probablement ce qui donne aujourd’hui le plus de sens à mon engagement auprès de Women for Bees. Lorsque j’ai commencé mon propre parcours, j’ai reçu ; des connaissances, j’ai vécu des rencontres, on m’a fait confiance, on m’a transmis des outils et surtout, l’envie de faire évoluer mon activité.
Aujourd’hui, lorsque je partage mon expérience avec d’autres femmes apicultrices, j’ai le sentiment de faire circuler ce que j’ai moi-même reçu. Pas de transmettre une recette toute faite. Parce qu’il n’existe pas une seule manière de réussir son activité apicole. Mais de donner des clés pour réfléchir. Pour oser. Pour tester. Pour mieux valoriser son travail. Pour identifier de nouvelles opportunités. Pour croire davantage en la valeur de ce que l’on produit. Et peut-être, aussi, pour se dire qu’une femme apicultrice peut être bien plus qu’une productrice de miel : elle peut être entrepreneuse, formatrice, créatrice, ambassadrice de son territoire et actrice de la préservation de son environnement.

La plus belle des récoltes
Quand je repense à mon voyage au Rwanda, puis à cette masterclass, je vois finalement un même fil rouge. Au Rwanda, j’ai transmis une partie de ce que j’avais appris. Et en retour, j’ai énormément appris aussi sur moi même et au sens que je donne à mon exploitation.
Quelques mois plus tard, j’ai pu continuer cette transmission à travers une nouvelle rencontre, autour de l’entrepreneuriat apicole et de la valorisation des produits de la ruche. C’est peut-être cela, finalement, la particularité de la transmission : elle ne diminue pas ce que l’on possède. Elle le fait grandir. Une connaissance partagée devient une connaissance qui circule. Une expérience transmise peut devenir une idée. Une idée peut devenir un projet. Et un projet peut, à son tour, donner naissance à une nouvelle entreprise.
Alors oui, je crois que la transmission est la plus belle des récoltes. Parce qu’en apiculture comme dans l’entrepreneuriat, la vraie richesse ne se mesure pas uniquement à ce que l’on produit. Elle se mesure aussi à ce que l’on permet aux autres de faire pousser.


Crédits photos : Ivana Kovacevic

Women for Bees : Quand la transmission devient la plus belle des récoltes